Terminale spécialité · Chimie

Exercices — Structure et propriétés

10 exercices à difficulté croissante : électronégativité, polarité, liaison hydrogène, géométrie VSEPR, tensioactifs.

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Exercice 1 — Comparer deux électronégativités★★★★

On donne les électronégativités (échelle de Pauling) : \(\chi(\text{H})=2{,}20\), \(\chi(\text{O})=3{,}44\), \(\chi(\text{Cl})=3{,}16\).

  1. Rappeler la définition qualitative de l'électronégativité d'un atome.
  2. Classer ces trois éléments par électronégativité croissante.

1. L'électronégativité mesure la capacité d'un atome à attirer vers lui le doublet d'électrons d'une liaison covalente à laquelle il participe.

2. \(\chi(\text{H})=2{,}20 < \chi(\text{Cl})=3{,}16 < \chi(\text{O})=3{,}44\).

Exercice 2 — Polarité d'une liaison★★★★

On considère la liaison \(\text{H}-\text{Cl}\), avec \(\chi(\text{H})=2{,}20\) et \(\chi(\text{Cl})=3{,}16\).

  1. Cette liaison est-elle polarisée ? Justifier à partir de la différence d'électronégativité.
  2. Indiquer sur quel atome se trouve la charge partielle négative \(\delta^-\), et lequel porte \(\delta^+\).

1. \(\Delta\chi = 3{,}16-2{,}20 = 0{,}96\), différence non nulle et significative (généralement, une liaison est considérée polarisée dès que \(\Delta\chi>0{,}4\)) : la liaison H-Cl est bien polarisée.

2. Le chlore, plus électronégatif, attire davantage le doublet liant : il porte la charge partielle \(\delta^-\). L'hydrogène, moins électronégatif, porte \(\delta^+\).

Exercice 2b — Moment dipolaire d'une liaison★★★★★

On donne \(\chi(\text{C})=2{,}55\), \(\chi(\text{O})=3{,}44\), \(\chi(\text{N})=3{,}04\).

  1. Calculer les différences d'électronégativité \(\Delta\chi\) pour les liaisons C-O et C-N.
  2. Laquelle des deux liaisons est la plus polarisée ? Justifier.

1. \(\Delta\chi(\text{C-O}) = 3{,}44-2{,}55 = 0{,}89\). \(\Delta\chi(\text{C-N}) = 3{,}04-2{,}55 = 0{,}49\).

2. La liaison C-O est la plus polarisée, car sa différence d'électronégativité (0,89) est plus grande que celle de la liaison C-N (0,49).

Exercice 3 — Molécule polaire ou apolaire ?★★★★★

On compare la molécule d'eau \(\text{H}_2\text{O}\) (coudée) et la molécule de dioxyde de carbone \(\text{CO}_2\) (linéaire), toutes deux possédant des liaisons polarisées.

  1. Rappeler la condition géométrique pour qu'une molécule possédant des liaisons polarisées soit elle-même polaire (le barycentre des charges partielles positives et négatives doit-il coïncider ou non) ?
  2. Appliquer ce critère à \(\text{H}_2\text{O}\) puis à \(\text{CO}_2\), et conclure sur la polarité de chaque molécule.

1. Une molécule est polaire si le barycentre des charges partielles positives ne coïncide pas avec celui des charges partielles négatives (les moments dipolaires des liaisons ne s'annulent pas vectoriellement).

2. \(\text{H}_2\text{O}\) est coudée (géométrie non symétrique) : les deux moments dipolaires O-H ne s'annulent pas, la molécule est polaire. \(\text{CO}_2\) est linéaire et symétrique : les deux moments dipolaires C=O, opposés et de même norme, s'annulent exactement — la molécule est apolaire malgré ses liaisons polarisées.

Exercice 4 — Miscibilité et règle « qui se ressemble s'assemble »★★★★★

On cherche à dissoudre du chlorure de sodium (composé ionique, très polaire) dans deux solvants : l'eau (polaire) et le cyclohexane (apolaire, hydrocarbure).

  1. Rappeler la règle de solubilité qualitative « qui se ressemble s'assemble » appliquée aux espèces polaires/apolaires.
  2. Prédire dans lequel des deux solvants le chlorure de sodium sera le plus soluble, et justifier.

1. Une espèce polaire (ou ionique) se dissout préférentiellement dans un solvant polaire, et une espèce apolaire se dissout préférentiellement dans un solvant apolaire — les interactions de même nature (dipôle-dipôle ou ion-dipôle pour les polaires, Van der Waals pour les apolaires) sont favorisées entre espèces de polarité similaire.

2. Le chlorure de sodium, très polaire (ionique), sera bien plus soluble dans l'eau (solvant polaire) que dans le cyclohexane (apolaire) : les molécules d'eau, polaires, peuvent entourer et stabiliser efficacement les ions \(\text{Na}^+\) et \(\text{Cl}^-\) par solvatation, ce que ne peut pas faire le cyclohexane apolaire.

Exercice 5 — Liaison hydrogène et température d'ébullition★★★★★

L'eau (\(M=18\ \text{g/mol}\)) bout à \(100\ °\text{C}\), alors que le sulfure d'hydrogène \(\text{H}_2\text{S}\) (\(M=34\ \text{g/mol}\), masse molaire pourtant plus grande) bout à \(-60\ °\text{C}\).

  1. Rappeler la condition nécessaire (sur les atomes engagés) pour qu'une liaison hydrogène puisse se former entre deux molécules.
  2. Expliquer, à partir de la présence ou de l'absence de liaisons hydrogène, pourquoi l'eau a une température d'ébullition tellement plus élevée que \(\text{H}_2\text{S}\), malgré sa masse molaire plus faible (qui devrait, à interactions égales, favoriser une ébullition à plus basse température).

1. Une liaison hydrogène se forme entre un atome d'hydrogène lié à un atome très électronégatif et petit (typiquement F, O ou N) d'une molécule, et un doublet non liant porté par un atome électronégatif (F, O, ou N) d'une molécule voisine.

2. Dans l'eau, l'hydrogène est lié à l'oxygène (très électronégatif) : de nombreuses liaisons hydrogène intermoléculaires se forment, qu'il faut rompre pour faire bouillir le liquide, ce qui nécessite beaucoup d'énergie (température d'ébullition élevée). Dans \(\text{H}_2\text{S}\), le soufre est beaucoup moins électronégatif que l'oxygène : aucune liaison hydrogène significative ne se forme, seules des interactions de Van der Waals, bien plus faibles, sont présentes — d'où une température d'ébullition beaucoup plus basse, malgré une masse molaire supérieure.

Exercice 6 — Prévoir la géométrie d'une molécule (VSEPR simplifié)★★★★★

La molécule d'ammoniac \(\text{NH}_3\) possède un atome central d'azote entouré de trois liaisons N-H et d'un doublet non liant.

  1. D'après le modèle de répulsion des paires électroniques (VSEPR), quelle est la géométrie de répartition des 4 domaines électroniques (3 liaisons + 1 doublet non liant) autour de l'azote ?
  2. Sachant que le doublet non liant repousse davantage les doublets liants qu'une paire liante n'en repousse une autre, prévoir si l'angle H-N-H sera légèrement inférieur, égal, ou supérieur à l'angle idéal du tétraèdre (109,5°).

1. Avec 4 domaines électroniques autour de l'atome central, la géométrie de répartition est tétraédrique (les 4 domaines se répartissent aux sommets d'un tétraèdre pour minimiser leur répulsion mutuelle).

2. Le doublet non liant, plus « volumineux » électroniquement, repousse davantage les doublets liants entre eux : l'angle H-N-H sera donc légèrement inférieur à 109,5° (la valeur expérimentale pour NH₃ est d'environ 107°).

Exercice 7 — Analyse comparée de deux isomères (type bac)★★★★

Le butan-1-ol et le diéthyléther (\(\text{CH}_3\text{CH}_2\text{-O-CH}_2\text{CH}_3\)) sont deux isomères de constitution de même formule brute \(\text{C}_4\text{H}_{10}\text{O}\), mais de température d'ébullition très différentes : \(117\ °\text{C}\) pour le butan-1-ol, contre \(35\ °\text{C}\) pour le diéthyléther.

  1. Représenter (mentalement ou en la décrivant) la différence structurale essentielle entre ces deux molécules concernant la présence ou l'absence d'un atome d'hydrogène directement lié à l'oxygène.
  2. En vous appuyant sur cette différence, expliquer l'écart important de température d'ébullition entre les deux isomères.

1. Le butan-1-ol possède un groupe hydroxyle \(\text{-OH}\) (un hydrogène directement lié à l'oxygène), alors que dans le diéthyléther, l'oxygène est lié à deux groupes carbonés (\(\text{-O-}\)), sans aucun hydrogène directement porté par l'oxygène.

2. Le butan-1-ol peut établir des liaisons hydrogène intermoléculaires grâce à son groupe O-H (l'hydrogène lié à l'oxygène très électronégatif), ce qui nécessite davantage d'énergie thermique pour être rompu lors de l'ébullition. Le diéthyléther, malgré son atome d'oxygène également électronégatif, ne possède aucun hydrogène lié directement à cet oxygène : il ne peut pas former de liaisons hydrogène entre ses propres molécules (seulement des interactions de Van der Waals, plus faibles), ce qui explique sa température d'ébullition bien plus basse.

Exercice 8 — Solvatation des ions et énergie réticulaire★★★★

Lors de la dissolution du chlorure de sodium dans l'eau, le processus se décompose en deux étapes énergétiques : la rupture du réseau cristallin ionique (énergie réticulaire, à fournir, \(E_{res}=+787\ \text{kJ/mol}\)) et la solvatation des ions \(\text{Na}^+\) et \(\text{Cl}^-\) par les molécules d'eau (énergie libérée, \(E_{solv}=-784\ \text{kJ/mol}\)).

  1. Calculer le bilan énergétique global \(\Delta E = E_{res}+E_{solv}\) de la dissolution.
  2. Ce bilan est-il légèrement endothermique ou exothermique ? Est-ce cohérent avec l'observation qu'un verre d'eau salée refroidit très légèrement lorsqu'on y dissout du sel ?

1. \(\Delta E = 787+(-784) = +3\ \text{kJ/mol}\).

2. Le bilan est légèrement positif (endothermique) : le processus de dissolution absorbe une petite quantité d'énergie nette (l'énergie de solvatation ne compense pas tout à fait l'énergie réticulaire à fournir). C'est cohérent avec l'observation expérimentale : dissoudre du sel dans l'eau produit un léger refroidissement de la solution, celle-ci puisant l'énergie manquante dans son agitation thermique.

Exercice 9 — Problème ouvert : concevoir un tensioactif★★★★★

Un tensioactif (savon) possède une structure amphiphile : une longue chaîne carbonée apolaire (partie hydrophobe) reliée à un groupe ionique ou très polaire (partie hydrophile), par exemple \(\text{CH}_3(\text{CH}_2)_{16}\text{-COO}^-\text{Na}^+\) (stéarate de sodium).

  1. Expliquer pourquoi une molécule tensioactive, plongée dans l'eau en présence de graisse (apolaire), s'oriente préférentiellement à l'interface eau/graisse, avec sa chaîne carbonée orientée vers la graisse et son groupe ionique orienté vers l'eau.
  2. Expliquer comment cette orientation, à plus grande échelle (au-delà d'une certaine concentration), conduit à la formation de micelles (agrégats sphériques de tensioactifs) capables d'emprisonner des gouttelettes de graisse en leur cœur, permettant leur dispersion dans l'eau (principe du lavage).
  3. Si l'on remplaçait le groupe \(\text{-COO}^-\text{Na}^+\) (ionique, très hydrophile) par un groupe beaucoup moins polaire, quel effet cela aurait-il probablement sur l'efficacité du tensioactif à disperser la graisse dans l'eau ? Justifier par les principes de polarité étudiés.

1. La chaîne carbonée apolaire, incompatible avec les molécules d'eau polaires (règle « qui se ressemble s'assemble »), s'oriente naturellement vers la phase apolaire (la graisse) pour y établir des interactions de Van der Waals favorables. À l'inverse, le groupe ionique \(\text{-COO}^-\), fortement polaire/chargé, est solvaté efficacement par les molécules d'eau polaires et s'oriente donc vers la phase aqueuse. Cette double affinité impose à la molécule de se placer précisément à l'interface entre les deux phases.

2. Au-delà d'une certaine concentration, un grand nombre de molécules tensioactives s'auto-organisent en structures sphériques (micelles) où toutes les chaînes carbonées apolaires se regroupent vers l'intérieur (loin de l'eau), formant un cœur apolaire capable de dissoudre et d'emprisonner une gouttelette de graisse, tandis que tous les groupes ioniques restent en périphérie, au contact de l'eau — rendant ainsi l'ensemble (graisse + micelle) globalement soluble/dispersable dans l'eau, ce qui permet son élimination par rinçage.

3. Remplacer le groupe ionique par un groupe beaucoup moins polaire réduirait fortement l'affinité de cette extrémité de la molécule pour l'eau : la molécule deviendrait globalement moins hydrophile, moins soluble dans l'eau, et donc moins efficace comme tensioactif — la formation de micelles stables serait compromise, et le pouvoir dispersant vis-à-vis de la graisse dans l'eau serait fortement diminué. C'est précisément pourquoi les tensioactifs efficaces nécessitent un fort contraste de polarité entre leurs deux extrémités.