Physique · Terminale · Dynamique des fluides

La relation de Bernoulli : quand un fluide accélère, sa pression chute

Du tuyau d'arrosage qu'on pince à la portance d'une aile d'avion, un seul principe relie la vitesse d'un fluide à sa pression le long d'une ligne de courant.

Continuité · \(A_1 v_1 = A_2 v_2\) Bernoulli · P + ½ρv² + ρgz = cste Torricelli · \(v = \sqrt{2gh}\)
1. Pourquoi étudier la dynamique des fluides ?
🎯 Objectif bac : établir et exploiter la relation de Bernoulli entre deux points d'une ligne de courant

Tu connais déjà la statique des fluides (pression, poussée d'Archimède) : un fluide au repos. Ici, le fluide se déplace — et un principe unique, découvert par Daniel Bernoulli au XVIIIe siècle, relie sa vitesse à sa pression.

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Le tuyau d'arrosage qu'on pince
Réduire la section de sortie fait accélérer l'eau, qui jaillit plus loin : le même débit doit passer par une section plus petite.
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La portance d'une aile d'avion
L'air circule plus vite au-dessus de l'aile bombée qu'en dessous : sa pression y est plus faible, ce qui crée une force vers le haut.
🏎️
L'effet Venturi
Dans un conduit rétréci, le fluide accélère et sa pression chute — c'est ce principe qui aspire le carburant dans un carburateur.
🪣
La vidange d'un réservoir
Plus le niveau d'eau est haut, plus le jet sort vite à la base — la loi de Torricelli, une conséquence directe de Bernoulli.
Ces quatre situations se comprennent avec un seul et même outil : la relation de Bernoulli, qui relie vitesse et pression le long d'une ligne de courant, pour un fluide parfait en écoulement permanent.
2. Conservation du débit — l'équation de continuité
🎯 Objectif bac : établir et exploiter \(A_1 v_1 = A_2 v_2\)

Avant de parler de pression, il faut comprendre pourquoi un fluide accélère dans un conduit qui se rétrécit.

A₁, v₁ A₂, v₂ section large section large rétrécie
Un même tube de courant, de section variable. Le débit volumique traversant chaque section est le même : là où la section diminue, la vitesse augmente.
a
Le débit volumique Dv à travers une section d'aire A où le fluide se déplace à la vitesse v est le volume de fluide qui traverse cette section par unité de temps :
\(D_v = A \cdot v\)  (en m³·s⁻¹)
b
Pour un fluide incompressible (masse volumique ρ constante) en écoulement permanent (les grandeurs ne dépendent pas du temps en un point donné), la masse qui entre dans un tronçon de tube à chaque instant est égale à la masse qui en sort : il n'y a ni accumulation ni création de matière.
c
Le débit volumique est donc le même à travers toute section du tube de courant :
\(A_1 \cdot v_1 = A_2 \cdot v_2\)
C'est l'équation de continuité. Une section plus petite impose, à débit constant, une vitesse plus grande.
3. Simulateur — le tube de Venturi

Règle le diamètre du tube large D₁, celui de l'étranglement D₂, et la vitesse d'entrée v₁. Observe comment les particules de fluide accélèrent dans la partie étroite — et comment la pression, lue sur les manomètres, y chute.

Écoulement dans un tube de Venturi — vue 3D
TUBE DE VENTURI · VUE 3D
Chargement de la scène 3D…
Vitesse v₁
1.0
m/s
Vitesse v₂
4.0
m/s (section étroite)
Débit Dv
0
L/s
Chute de pression
0
Pa (P₁ − P₂)
Les deux petites colonnes au-dessus du tube représentent des manomètres : leur hauteur illustre la pression locale. On voit qu'elle chute là où le fluide accélère — c'est l'effet Venturi.
4. Établir la relation de Bernoulli
🎯 Objectif bac : connaître les hypothèses et établir P + ½ρv² + ρgz = cste

La relation de Bernoulli traduit, pour un fluide en mouvement, la conservation de l'énergie mécanique — comme tu l'as vue pour un solide, mais rapportée à l'unité de volume de fluide.

a
On considère une même particule de fluide qui se déplace le long d'une ligne de courant, entre un point 1 (pression P₁, vitesse v₁, altitude z₁) et un point 2 (P₂, v₂, z₂). On se place dans le cas d'un fluide parfait (pas de frottements internes, donc pas de perte d'énergie), incompressible, en écoulement permanent.
b
Entre les deux points, l'énergie mécanique volumique de la particule — somme d'un terme cinétique, d'un terme de pesanteur et d'un terme lié à la pression — se conserve, car aucune force de frottement ne dissipe d'énergie :
énergie cinétique volumique : \(\frac{1}{2}\rho v^2\)  ·  énergie de pesanteur volumique : \(\rho g z\)  ·  terme de pression : \(P\)
c
La somme de ces trois termes est donc la même en tout point d'une même ligne de courant :
\(P + \dfrac{1}{2}\rho v^2 + \rho g z = \text{constante}\)
Entre deux points 1 et 2 : P₁ + ½ρv₁² + ρgz₁ = P₂ + ½ρv₂² + ρgz₂
d
Cas particulier très utile : si l'écoulement est horizontal (z₁ = z₂), les termes de pesanteur s'annulent :
\(P_1 + \dfrac{1}{2}\rho v_1^2 = P_2 + \dfrac{1}{2}\rho v_2^2\)
Là où la vitesse est plus grande, la pression est plus faible : c'est exactement ce que montre le simulateur.
À retenir sur les hypothèses : la relation de Bernoulli ne s'applique qu'à un fluide parfait (non visqueux — aucune perte d'énergie par frottement), incompressible, en écoulement permanent, et le long d'une même ligne de courant. Ces conditions ne sont jamais parfaitement réalisées, mais elles donnent une excellente approximation dans de nombreuses situations réelles.
5. Applications — effet Venturi et loi de Torricelli
🎯 Objectif bac : retrouver et exploiter la loi de Torricelli

L'effet Venturi

Dans un écoulement horizontal, la continuité impose v₂ > v₁ dans la section étroite ; Bernoulli impose alors P₂ < P₁. La différence de pression se mesure directement :

\(\Delta P = P_1 - P_2 = \dfrac{1}{2}\rho(v_2^2 - v_1^2)\)

La vidange d'un réservoir — loi de Torricelli

Un réservoir ouvert à l'air libre, rempli jusqu'à une hauteur h au-dessus d'un petit orifice percé à sa base. On applique Bernoulli entre un point 1 à la surface libre et un point 2 à l'orifice.

a
À la surface libre (point 1) comme à la sortie de l'orifice (point 2), le fluide est à l'air libre : P₁ = P₂ = Patm. Les termes de pression s'éliminent dans la relation de Bernoulli.
b
Si la section du réservoir est très grande devant celle de l'orifice, le niveau baisse très lentement : on peut considérer v₁ ≈ 0. En prenant l'orifice comme origine des altitudes (z₂ = 0, z₁ = h) :
\(P_{atm} + 0 + \rho g h = P_{atm} + \dfrac{1}{2}\rho v_2^2 + 0\)
c
En simplifiant par ρ et en isolant v₂ :
\(v = \sqrt{2gh}\)
C'est la loi de Torricelli : la vitesse de sortie ne dépend que de la hauteur de fluide au-dessus de l'orifice — comme la vitesse d'un objet en chute libre depuis cette même hauteur.
Tableau de synthèse
RelationExpressionDomaine de validité
Débit volumique\(D_v = A\cdot v\)Toujours
Continuité\(A_1 v_1 = A_2 v_2\)Fluide incompressible, écoulement permanent
Bernoulli (général)P + ½ρv² + ρgz = csteFluide parfait, incompressible, permanent, même ligne de courant
Bernoulli (horizontal)\(P_1 + \dfrac{1}{2}\rho v_1^2 = P_2 + \dfrac{1}{2}\rho v_2^2\)+ écoulement horizontal (z₁ = z₂)
Torricelli\(v = \sqrt{2gh}\)+ orifice à l'air libre, réservoir large (v₁≈0)
Toutes ces relations reposent sur le modèle du fluide parfait : aucune perte d'énergie par frottement. Dans un fluide réel visqueux, une partie de l'énergie se dissipe en chaleur — un phénomène étudié au-delà du programme de terminale, en classe préparatoire ou en BUT.
✅ Quiz d'étape — continuité et Bernoulli

1. Dans un tube dont la section diminue de moitié, à débit constant, la vitesse du fluide :

2. Dans un écoulement horizontal, là où la vitesse du fluide est la plus grande, la pression est :

3. Pour appliquer la relation de Bernoulli entre deux points, le fluide doit être :

🔍 Questions guidées — exploiter le simulateur

Utilise le simulateur du tube de Venturi ; la correction se dévoile à la demande.

🎓 Exercice type bac — corrigé détaillé

Vidange d'un réservoir cylindrique — application de la loi de Torricelli.

Vidange d'un réservoir d'eau
D'après un sujet de type baccalauréat · durée conseillée 25 min · calculatrice autorisée
Dispositif. Un réservoir cylindrique ouvert à l'air libre, de section S = 0,50 m², est rempli d'eau (ρ = 1000 kg/m³) jusqu'à une hauteur h = 1,20 m au-dessus d'un petit orifice de section s = 2,0 cm² percé à sa base. On donne g = 9,8 m·s⁻². On néglige les frottements (fluide parfait) et on suppose s ≪ S.
Partie A — Vitesse et débit de sortie
  1. Exprimer puis calculer la vitesse v de l'eau à la sortie de l'orifice.
  2. Calculer le débit volumique Dv sortant à cet instant.
  3. En déduire la vitesse à laquelle le niveau d'eau baisse dans le réservoir. Commenter la validité de l'hypothèse v₁ ≈ 0.

1. D'après la loi de Torricelli, \(v = \sqrt{2gh}\) = √(2 × 9,8 × 1,20) = √23,52 ≈ 4,85 m/s.

2. Dv = s·v = 2,0×10⁻⁴ × 4,85 ≈ 9,7×10⁻⁴ m³·s⁻¹ ≈ 0,97 L/s.

3. Par continuité, \(S \cdot v_S = s \cdot v\), donc \(v_S = D_v/S\) = 9,7×10⁻⁴/0,50 ≈ 1,9×10⁻³ m·s⁻¹ ≈ 1,9 mm/s. C'est environ 2500 fois plus lent que v : l'hypothèse v₁ ≈ 0 est donc très bien vérifiée.

Partie B — Évolution au cours du temps
  1. La hauteur h reste-t-elle constante pendant la vidange ? Comment évolue alors la vitesse v de sortie ?

4. Non : le réservoir se vide, donc h diminue avec le temps. Comme \(v = \sqrt{2gh}\), la vitesse de sortie diminue progressivement au fur et à mesure que le niveau baisse — le jet ralentit, contrairement à ce que suggérait le calcul instantané des questions précédentes, valable seulement sur un intervalle de temps très court où h peut être considérée comme constante.

Partie C — Effet de la section de l'orifice
  1. On perce un orifice de section moitié moindre (s' = s/2), sans changer h. Comparer la nouvelle vitesse de sortie v' à v, puis le nouveau débit Dv' à Dv.

5. La loi de Torricelli \(v = \sqrt{2gh}\) ne dépend pas de la section de l'orifice, seulement de h : donc v' = v ≈ 4,85 m/s, inchangée. En revanche, le débit Dv' = s'·v' = (s/2)·v = Dv/2 : le débit est divisé par deux, proportionnellement à la section de l'orifice.

📐 Formules à connaître — référentiel indispensable
Débit volumique
\(D_v = A\cdot v\)
m³·s⁻¹
Continuité
\(A_1 v_1 = A_2 v_2\)
fluide incompressible
Relation de Bernoulli
\(P + \frac{1}{2}\rho v^2 + \rho g z = \text{cste}\)
fluide parfait, permanent
Bernoulli — cas horizontal
\(\Delta P = \dfrac{1}{2}\rho(v_2^2-v_1^2)\)
effet Venturi
Loi de Torricelli
\(v = \sqrt{2gh}\)
vidange, orifice à l'air libre
✅ Quiz final — tout le chapitre

1. Un tube a une section A₁ = 8 cm² où v₁ = 2 m/s. Quelle est la vitesse v₂ dans une section A₂ = 2 cm² ?

2. Dans la relation de Bernoulli P + ½ρv² + ρgz = cste, le terme ρgz représente :

3. Un réservoir d'eau a un niveau à h = 0,80 m au-dessus d'un orifice. Quelle est approximativement la vitesse de sortie (g = 9,8 m·s⁻²) ?

4. Pourquoi la relation de Bernoulli ne s'applique-t-elle pas telle quelle à un fluide réel très visqueux (comme du miel) ?

5. On perce un second orifice, deux fois plus grand, à la même hauteur h. Que vaut la vitesse de sortie par rapport au premier orifice ?

0/5
🧠 Carte mentale du chapitre
Dynamique des fluides
Continuité
  • \(D_v = A\cdot v\)
  • \(A_1 v_1 = A_2 v_2\)
  • Section ↓ ⟹ vitesse ↑
Hypothèses de Bernoulli
  • Fluide parfait (non visqueux)
  • Incompressible
  • Écoulement permanent
Bernoulli — cas horizontal
  • P+½ρv² = cste
  • v ↑ ⟹ P ↓
  • Effet Venturi
Torricelli
  • \(v = \sqrt{2gh}\)
  • Vidange d'un réservoir
  • Indépendant de la section
🎓 Points à retenir pour le bac
L'essentiel en 5 points
Le débit volumique \(D_v = A\cdot v\) se conserve dans un tube de courant : \(A_1 v_1 = A_2 v_2\).
Bernoulli suppose un fluide parfait, incompressible, en écoulement permanent : \(P + \dfrac{1}{2}\rho v^2 + \rho g z = \text{constante}\).
En écoulement horizontal : \(P_1 + \dfrac{1}{2}\rho v_1^2 = P_2 + \dfrac{1}{2}\rho v_2^2\) — là où v est grand, P est faible (effet Venturi).
Loi de Torricelli : \(v = \sqrt{2gh}\), indépendante de la section de l'orifice.
Ces relations ne tiennent pas compte de la viscosité : un fluide réel dissipe une partie de son énergie par frottement (hors programme de terminale).
🧭 Auto-évaluation
🎯 Fais le point sur tes acquis avant le bac

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